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Faut-il continuer à payer des taxes, des impôts ou des cotisations en Haïti ? 

In Opinion
avril 20, 2026

Un État vit de ses recettes publiques. C’est un principe simple, presque élémentaire. Impôts, taxes, cotisations : ce sont les piliers qui soutiennent le budget national et rendent possibles les politiques publiques. 

Sur le papier, le mécanisme est clair. 
Les services fiscaux prélèvent des impôts directs sur les personnes physiques et les personnes morales, ainsi que des impôts indirects sur la consommation, comme la TCA. L’administration encaisse également des taxes sur les services rendus, les permis, les importations et les exportations. À cela s’ajoutent les cotisations sociales, censées financer la retraite, la santé, la protection des travailleurs, via des institutions comme l’ONA et l’OFATMA. 

L’État dispose aussi d’autres leviers : entreprises publiques, patrimoine foncier, ressources naturelles, potentiel touristique. En théorie, tout concourt à alimenter une machine publique capable d’éduquer, de soigner, de construire, de protéger. 

En théorie seulement. 

Car une question s’impose, brutale, incontournable : où va l’argent ? 

Depuis des décennies, les citoyens paient. Mais que voient-ils en retour ? 
Pas de blocs sanitaires décents dans les universités publiques. Pas de services hospitaliers entretenus. Pas d’écoles reconstruites après les catastrophes. Pas d’infrastructures dignes de ce nom. Chaque réalisation dépend d’une ONG, d’un bailleur, d’un partenaire étranger. Jamais — ou presque — du Trésor public. 

Et pourtant, les dirigeants paradent. Coupures de ruban. Discours creux. Mise en scène du “kredi”. 
Quel crédit, exactement ? Celui de projets financés par d’autres ? 

Pendant que l’État mendie pour survivre, la Direction générale des impôts (DGI) et l’Administration générale des douanes (AGD) publient fièrement, trimestre après trimestre, des chiffres de recettes vertigineuses. L’argent entre mais disparaît aussitôt. 

Autrefois, on distinguait encore les projets financés par l’État de ceux soutenus par l’international. Aujourd’hui, l’expression même de « financement du Trésor public » s’est éteinte. Comme si l’État avait renoncé à exister par lui-même. 

Le constat est accablant. 

Dans la santé, une portion dérisoire du budget — moins de 4 % — suffit à peine à payer les salaires. Le reste dépend des bailleurs. Vaccination, lutte contre les maladies, infrastructures, équipements : tout est externalisé. Le ministère n’est plus qu’un carrefour d’influences, où les priorités nationales s’effacent devant les agendas internationaux. 

Dans l’éducation, même scénario. 
Un secteur pourtant stratégique, au cœur de toute construction nationale, livré à des financements extérieurs qui orientent, de fait, les politiques et les contenus. Le MENFP et le FNE suivent plus qu’ils ne décident. 

Quant aux infrastructures, elles racontent la même histoire : routes, aéroports, ouvrages publics — tout dépend de l’extérieur. Et ce, malgré l’existence d’institutions comme le Fonds d’entretien routier (FER), théoriquement chargé de maintenir le réseau en état. 

Alors, une autre question, plus dérangeante encore, surgit : 
pourquoi continuer à payer ? 

Un État qui prélève sans redistribuer rompt le pacte social. 
Un État qui collecte sans rendre de comptes se discrédite. 
Un État qui existe sans agir finit par disparaître. 

Ceux qui confisquent l’appareil public doivent répondre clairement, sans détour: 
À quoi servent les recettes ? 
Où vont-elles ? 
Qui en bénéficie réellement ? 

Et surtout : qu’en reste-t-il pour la collectivité ? 

Car à défaut de réponses, c’est la légitimité même de l’impôt qui s’effondre. 
Et avec elle, le dernier lien entre l’État et ses citoyens. 

Si rien ne change, la contestation ne sera plus une menace. Elle deviendra une évidence. 

Wenchel Jean Baptiste 





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