Économie

La BRH interdit aux banques toute négociation avec les cybercriminels

📅 21 octobre 2026 ✍️ Wenchel Jean Baptiste 🕒 Il y a 10 heures

Dans un avis au public publié le 19 octobre 2026 et signé par son gouverneur Ronald Gabriel, la Banque de la République d’Haïti (BRH) interdit formellement aux institutions financières du pays de négocier avec des cybercriminels qui exigeraient une rançon. Face à l’explosion des cyberattaques, la banque centrale exhorte les banques à activer leurs plans de contingence et à renforcer la protection des données de leurs clients.

Une interdiction ferme face aux rançongiciels

Dans son avis, la BRH attire l’attention sur l’explosion des cyberattaques à l’échelle régionale et mondiale, en progression sans précédent depuis cinq ans. Haïti n’est pas épargnée : son système financier est particulièrement visé, en raison des données confidentielles qu’il détient et de son rôle central dans les transactions.

Le point central du document concerne les attaques accompagnées d’une demande de rançon. La BRH précise qu’elle n’autorise aucune institution financière du pays à négocier avec les auteurs d’une intrusion qui réclameraient de l’argent. Cette position vise notamment les rançongiciels, ces logiciels qui bloquent l’accès aux données ou aux infrastructures d’une organisation pour exiger une rançon en échange de leur restitution.

Selon la banque centrale, la réponse doit passer par l’activation des plans de contingence et de continuité des activités, et non par des discussions avec les pirates. Elle recommande aussi des analyses forensiques pour comprendre les circonstances de l’incident, repérer les failles exploitées et renforcer les protections.

Capital Bank, un contexte sous tension

Cet avis intervient dans un contexte marqué par les perturbations enregistrées à Capital Bank depuis le 2 octobre. L’établissement avait d’abord annoncé des travaux informatiques ayant entraîné la suspension de plusieurs services, avant d’évoquer un incident technique affectant l’accès à ses serveurs d’applications.

Le groupe LockBit 5.0 a revendiqué une attaque contre l’institution sur des plateformes spécialisées, une revendication qui ne suffit toutefois pas à établir qu’une intrusion a effectivement eu lieu. Capital Bank n’a pas publiquement attribué son incident à ce groupe et a indiqué que les données de sa clientèle n’étaient pas concernées.

La banque a annoncé une réouverture progressive de ses points de service, avec 15 succursales rouvertes le 16 octobre puis 20 le 20 octobre, selon des horaires réduits. C’est dans ce contexte que la BRH rappelle aux établissements leurs obligations de prévention et de protection des avoirs de la clientèle.

Un discours de fermeté mis à l’épreuve du terrain

La BRH rappelle avoir renforcé depuis 2023 ses actions en matière de cybersécurité, notamment à travers la formation, la sensibilisation et l’amélioration des systèmes informatiques des institutions financières. Dans sa mission de supervision, elle surveille que les établissements disposent de systèmes d’information fiables et sécurisés.

Pourtant, cette posture de fermeté se heurte à une réalité difficile à ignorer : des institutions financières et des succursales bancaires continuent d’opérer dans des zones placées sous le contrôle de gangs criminels, où la sécurité physique des agences, le transport de fonds et la pression sur le personnel échappent largement à l’autorité de l’État.

Ce décalage fragilise la crédibilité du message : la cybermenace n’est qu’une des dimensions de la vulnérabilité du système financier haïtien. La protection réelle des clients et la stabilité du secteur ne peuvent se limiter aux pare-feu et aux plans de contingence informatique ; elles exigent aussi que l’État regagne le contrôle effectif des territoires où l’activité bancaire se déroule.

Sources

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