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Haïti: comment les gangs financent leur empire, selon l’ONU

📅 20 octobre 2026 ✍️ Wenchel Jean Baptiste 🕒 Il y a 8 heures

Le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti décrit, dans son rapport final de 94 pages (S/2026/714) rendu public le 6 octobre 2026, un véritable système financier qui alimente les groupes armés du pays. Enlèvements contre rançon, extorsion, péages illégaux sur les routes et soutien d’acteurs économiques et politiques: les gangs diversifient leurs revenus pour compenser la pression des opérations de sécurité.

Les enlèvements, principale source de revenus

« La génération de revenus reste un facteur clé de la violence des gangs », soulignent les experts: plus le territoire contrôlé est vaste, plus la population exploitable — et les revenus — sont importants. Face au démantèlement de barrières illégales et à la reprise de certains axes routiers, les gangs de plusieurs quartiers de Port-au-Prince ont dissimulé l’extorsion routière et déplacé leurs points de contrôle. Pour compenser, ils ont intensifié les enlèvements, devenus leur principale source de revenus.

Entre janvier et février 2026, 143 cas ont été recensés — 109 dans l’Ouest, dont la moitié à Delmas, et 29 dans l’Artibonite — attribués principalement au 5 Segond de Johnson André, aux 400 Mawozo de Joseph Wilson et à Kraze Baryè de Vitelhomme Innocent, tous membres de l’alliance criminelle Viv Ansanm. Une rançon exigée a atteint 1,5 million de dollars; le montant le plus élevé effectivement versé connu des experts s’élève à 153 000 dollars, les paiements habituels se situant entre 5 000 et 25 000 dollars selon les moyens des victimes.

Des complicités au cœur du système

Les experts pointent aussi le rôle de la commune de Carrefour dans les transactions liées aux rançons: alors que plusieurs institutions financières ont cessé leurs activités dans les zones contrôlées par les gangs, certaines succursales y sont restées ouvertes, et des gangs de tout l’Ouest y amènent victimes ou proches pour retirer l’argent des rançons. La Banque de la République d’Haïti (BRH) a signalé deux cas d’utilisation illicite du système bancaire par des chefs de gangs ou leurs associés.

Au-delà des chefs de gangs, le rapport met en cause des politiciens, des hommes d’affaires et des policiers corrompus qui financent et arment les groupes criminels. Les experts concluent qu’en ne visant que les chefs de gangs sans s’attaquer aux réseaux qui les rendent possibles, la lutte restera vaine — un enjeu majeur à l’approche des élections, dont le report décidé en octobre 2026 fait basculer la transition politique dans l’incertitude.

Sources

  • Clin d’Œil Info, « Haïti: comment les gangs financent-ils leur empire? » (8 octobre 2026): lire l’article
  • Le Monde, « Après le report des élections en Haïti sur fond de violence, la transition politique bascule dans l’incertitude » (11 octobre 2026): lire l’article

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